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LA CRISE FINANCIERE ET ECONOMIQUE OU LA GLACIATION SOCIALE ? |
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Raymond WATRICE |
Au dénouement du drame, la crise financière et économique ne serait-elle qu’un complot contre le monde du travail pour imposer le règne de la robotique, du virtuel, du téléportage ?
Vous poussez sur le bouton et hop ! une réceptionniste virtuelle devant vous, titrait Le Soir du vendredi 20 novembre 2009 dans ses pages « Economie ».
Une des multiples applications de la technologie dans le remplacement des travailleurs jugés trop couteux : l’image virtuelle. Une technique japonaise qui trouve, notamment dans une banque aux Pays-Bas, une application dans le « téléportage » de conseillers financiers dans ses agences de province.
LE COMPLOT ?
Le système libéral est à bout de souffle : il faut le relancer. Pour cela, il faut faire le Grand Nettoyage, avoir un prétexte, posséder l’arme. Les Etats-Unis, la première puissance économique du monde, les chantres de l’économie libérale, sont tout désignés pour faire éclater la bulle. Elle explose en aout 2008. Les subprimes firent leur œuvre. Le « Grand Nettoyage » pouvait entrer en action : balayage de l’argent flottant, de l’argent fictif reposant sur « on ne sait quoi », dégagement de l’horizon macro-économique, chômage, suppression d’emploi, restructuration, augmentation de la productivité, faiblesse du dollar, accélération de la robotique, annonce du rabotage des parachutes dorés, coupe dans les gros salaires, duperie du monde ouvrier…
La Faucheuse peut accomplir sa sinistre mission. Mais, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. La crise frappe tout particulièrement les travailleurs, les petites entreprises, les PME, les secteurs des services et du commerce. Les grosses entreprises, quant à elles, se sont débarrassées de stocks encombrants et ont robotisé leurs ateliers.
Marc Petre, directeur des risques chez l’assureur crédit Euler Hermes, souligne que « Depuis le début de l’année (2008, ndlr), on a recensé en Belgique 55 cas d’insolvabilité d’entreprises qui affichaient un chiffre d’affaires de plus de dix millions d’euros ». Et l’assureur Euler Hermes estime « une disparition de 10 000 entreprises en 2009 et 10 500 en 2010. Des dizaines de milliers d’emplois passeront à la trappe ».
Dominique Deliège, représentant des PME, relève : « En un an, la valeur créée par les PME depuis 2005 a été balayée. Nous constatons que les PME les plus anciennes, plus de 25 ans d’existence, sont aussi celles qui perdent le plus de valeur. Or, ce sont souvent des entreprises en phase de transition où la question de la succession se pose. Il y a donc un risque que cette moins-value théorique ne se matérialise ».
UNE SIMILITUDE AVEC LA GRANDE CRISE DE 1929-1936
80 ans plus tard. Il est curieux de constater une similitude avec la crise qui a démarré en octobre 1929. Même schéma : débridement du système économique libéral, engrangement par les entreprises, les holdings poussent comme des champignons, l’argent « flottant glisse sur le vide », puis explosion du chômage à la suite des restructurations, nettoyage de l’argent sale…
A l’inverse de 1929, les Etats prennent en charge le « nettoyage des finances » et la restructuration de l’économie dans un emballage enrubanné par l’annonce du rabotage des « parachutes dorés », des coupes dans les gros salaires…
Les emplois tombent. Tous les secteurs sont touchés. Les perspectives sont sombres. Des mises en garde sont lancées par d’éminentes personnalités. Elles éveillent l’attention ; elles disent que les effets sociaux négatifs de la crise financière et économique ne font que commencer : vague massive de licenciements, réduction sensible du pouvoir d’achat de la classe moyenne, paupérisation plus forte dans la classe fragilisée.
Ces mises en garde sont confirmées, accentuées par Joëlle Milquet, CDH, ministre de l’Emploi, vice-Première ministre : « La crise de l’emploi arrive ». Déclaration faite au cours de l’émission « Le 7ème Jour » à La Une du 6 décembre 2009.
Manpower, société d’intérim dit la même chose. Son dernier baromètre n’est guère réjouissant. Les perspectives d’emploi pour 2010 sont particulièrement mauvaises pour Bruxelles et la Wallonie. « C’est à Bruxelles que la perspective est la plus négative, annonce Philippe Lacroix, directeur exécutif de Manpower en Belgique : une chute de 8 % contre 4 % en Wallonie et 2 % en Flandre, laquelle a cruellement encaissé le coup en 2009 ».
De son côté, l’Organisation internationale du Travail, OIT, présente des chiffres qui donnent froid dans le dos : 200 millions d’emplois perdus dans le monde en un an, depuis octobre 2008. « Et la crise mondiale est loin d’être terminée, avertit Raymond Torres, auteur principal du Rapport 2009 de l’OIT, sur la situation de l’emploi ; un total de 43 millions de personnes actuellement en chômage risquent de verser dans le chômage longue durée et de devenir inactifs ».
PLAIDOYER POUR UNE SORTIE DE CRISE
La question qui se pose : Le crise ne serait-elle pas le résultat du libéralisme débridé dans le monde des affaires ? La réponse est positive, si l’on se réfère aux conclusions du dernier G20 à Pittsburg.
Dans un entretien accordé début octobre 2009 par Noreena Havelaar, dans le cadre de la semaine équitable, le journaliste du quotidien Le Soir, Philippe De Boeck, relève que « tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut faire quelque chose, que les risques doivent être réévalués, qu’il faut revoir le système de rémunération des banquiers… La crise s’est comme un réveil qui a sonné… La crise a mis en évidence certains risques et démontré qu’une crise qui provoquerait des pertes d’emploi à Wall Street pouvait avoir des répercutions jusqu’à Anvers. Nous sommes tous liés d’une manière ou d’une autre dans un monde interconnecté… »
L’Union wallonne des Entreprises, UWE, par la voix de Didier Paquot, économiste, plaide pour un « réel effort des pouvoirs publics pour soulager la trésorerie des entreprises ». Il insiste sur « le maintien des plans de relance… et d’un effort accru, au niveau wallon, pour accompagner et former les chômeurs dont le nombre va, étant donné la faiblesse du rebond, continuer à augmenter. Car ce que les crises précédentes ont montré, c’est qu’en Wallonie, le chômage devenait très vite structurel : trop de personnes sorties du monde du travail ne parviennent plus à s’y réinsérer ».
REPRISE
Dans le monde des entreprises, c’est l’optimisme, exprimé par le canal des données trimestrielles. Un signe encourageant : le sourire revient dans la zone euro. L’indice de confiance des chefs d’entreprise et des consommateurs ainsi que l’indice du climat des affaires reprennent des couleurs, lentement certes, mais d’une manière continue depuis sept mois. L’Allemagne et la France sont déjà sorties de la récession au deuxième trimestre de 2009.
Selon René D’Hondt, directeur général d’Assuralia, la reprise pointe : « Nous sommes en territoire positif au cours des premiers mois de 2009, mais attention, nous ne sommes pas encore au bout de nos peines … Le redressement est fragile ».
Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, pour sa part, s’est félicité de la fin de la « chute libre de l’économie » et de l’apparition de « signes de stabilisation ».
Les banques belges, KBC, Dexia, BNP Parisbas Fortis, enregistrent de très bons résultats trimestriels ; elles engrangent de bons bénéfices.
Fortis Holding, centré sur l’assurance, annonce aussi une évolution positive. « Nos activités d’assurance ont continué à bien performer au troisième trimestre et demeure solides et stables. Nous tablons toujours sur un encaissement annuel au minimum en ligne avec mes chiffres de l’année dernière », annonce Bart De Smet, CEO de Fortis.
Le bénéfice net refleurit. Ce qui incite la Banque Degrooff à suggérer aux investisseurs de « conserver » le titre.
« Un peu partout, la situation est en train de s’améliorer », déclare Jean-Paul Agon, président de L’Oréal. « Nous avons peut-être touché le fond », soutient Bruno Lafont, président du cimentier Lafarge. GDF Suez maintient le cap sur un résultat exceptionnel (ebitda) plus élevé qu’en 2008.
Dans le secteur des métaux, les entreprises annoncent des « signes de reprise ».
Dans le secteur des matériaux, les entreprises voient une « amélioration de la demande dans différents segments ».
Dans le secteur des technologies, les sociétés relèvent leurs prévisions pour l’ensemble de l’année 2009.
COMMENT LA REPRISE EST-ELLE PERCUE ?
Pour Ivan Van de Cloot, chef économique de l’Institut de Recherche Itinera, « il y a une différence de perception entre la vie des gens et la définition technique de la récession. Pour les citoyens, la situation est moins « euphorique » que pour les économistes ».
Réjouissant pour le capital mais désolant pour le social. La reprise n’entraine pas une diminution du chômage, bien au contraire. La Commission européenne s’attend à ce que « la situation reste difficile sur le marché de l’emploi avec un taux de chômage de 9,5 % en 2009, 10,7 % en 2010, et 10,9 % en 2011 ».
La Banque Nationale de Belgique confirme ; elle table pour 2009 sur une perte de quelque 36 000 emplois par rapport à 2008, et prévoit une perte de quelque 80 000 emplois en 2010. Ce n’est pas rien ! Douloureux.
ON EST REVENU AU MONDE D’AVANT LA CRISE
Les marchés se remettent à fonctionner. « L’économie de l’Union européenne sort de la récession », s’est réjoui Joaquin Almunia, commissaire européen aux Affaires économiques. Mais le monde social doit-il se réjouir ? Le quotidien Le Soir des samedi 21 novembre et dimanche 22 novembre 2009, dans sa partie « Economie », nous informe que les subprimes, ces crédits immobiliers par qui le malheur est arrivé, « sont revenus au niveau de l’explosion de la crise, que la Bourse caracole depuis des mois, que des bulles flottent un peu partout alimentées par l’argent à bon marché, que les fonds spéculatifs réaniment leurs maléfices au point que Nouriel Robini, économiste, professeur à la Business School de l’Université de New York, qui avait prophétisé dès la fin 2006 le tsunami 2008, lance un nouveau cri d'alarme... ». Et il avertit le monde financier du risque énorme que fait planer un dollar faible. Dans son article publié dans le Financial Times du 2 novembre 2009, il s’inquiète « de la nouvelle bulle que la Réserve fédérale, la Banque centrale américaine, est en train de créer. Maintien d’un dollar faible tout en poursuivant un programme gigantesque de rachat d’actifs avec la conséquence que la bulle gonfle… Son explosion pourrait provoquer un choc financier aussi important que celui des subprimes ».
Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, émet les mêmes critiques au regard de la faiblesse persistante du dollar.
UNE HYPOTHESE
La crise que nous traversons ne serait-elle pas provoquée par le système économique ultralibéral pour sauver la première puissance mondiale : les Etats-Unis ?
Après l’effondrement du système étatique communiste, le spectre de l’effondrement du système libéral américain fit peur à l’ensemble du monde accroché aux basques états-uniennes. Car, les économies de tous les pays, grands et petits, ne seraient pas épargnées, aspirées par l’effondrement du dollar, la monnaie de référence du commerce mondial. Et ce dollar, les Etats-Unis l’ont érigé comme bouclier de protection contre les attaques de potentiels rivaux économiques ; ils l’ont bétonné en s’engageant dans la spirale du déficit commercial et de l’endettement. Les Etats-Unis l’utilise sans état d’âme. Au demeurant, le Secrétaire d’Etat au Trésor, John Connoly, de l’époque du président américain Richard Nixon, a déclaré : « le dollar, c’est notre monnaie mais c’est votre problème ».
« L’empressement avec lequel des fonds souverains ont renfloué les caisses des banques d’investissement américaines à la dérive ne s’explique pas autrement » souligne l’historien français Thomas Snégoroff, dans son livre « Faut-il souhaiter le déclin de l’Amérique ? » aux Editions Larousse.
QUE CONVIENT-IL DE FAIRE ?
Pour Michel Pébereau, président de BNP Paribas, La bonne solution est « une régulation renforcée et appliquée dans les mêmes conditions par tous. Il faut aussi que les banquiers, qui ne l’auraient pas encore fait, placent la gestion du risque au centre de leurs préoccupations. Une banque est par nature une centrale de risques… Plusieurs facteurs se sont conjugués pour provoquer cette crise. Les rémunérations en sont un… Les questions que les responsables doivent d’abord se poser sont : les rémunérations sont-elles en rapport avec les bénéfices qui génèrent ces activités ?…L’essentiel, affirme Michel Pébereau, c’est de tirer les conséquences de la crise, au niveau de la gestion et du contrôle des risques pour les banques, de la régulation pour les autorités, de façon que la collectivités ne soit plus affectée par les crises bancaires à l’avenir ».
CONCLUSION
Une question se pose. La crise ne serait-elle pas une crise de composition pour imposer l’ère de la robotique, le remplacement de la main de l’homme par le bras de la machine, par la main de la virtuelle ?
Une crise financière et économique ou la « glaciation sociale » ? Un boulet que les Etats-Unis ont accroché à nos chevilles ? Des millions d’emplois qui ne seront jamais plus rouverts au monde du travail.
Tout n’est pas fini. On observe que le libéralisme réarme la crise…La révolution robotique n'aurait-elle pas atteint pleinement son objectif ?
Gardons cependant espoir. Méditons ces paroles prononcées, au cours d’un colloque tenu à Maredsous le 21 novembre 2009, par le père Guillaume Jedrzejczak, ancien abbé du Mont-des-Cats en France, traçant un parallèle entre, d’une part, la crise existentielle que traverse tout moine… et, d’autre part, la crise sociale, économique, politique, culturelle, morale et religieuse de notre monde. « … La crise ne peut être traversée que dans l’ouverture à soi par l’ouverture à l’autre… De même que la crise actuelle…Un temps de désordre et d’incertitude est inévitable… Des choses autrefois fondamentales disparaissent. D’autres naissent sans qu’on s’en soit rendu compte… La vie a retrouvé un cadre clair, jusqu’à la prochaine crise… ». Par ces mots, le père Guillaume Jedrzejczak nous livre une leçon d’humilité, de créativité, d’adaptation : « … En montrant les limites de tout système et de toute institution, la crise est en fait une merveilleuse protection contre tout asservissement de l’Homme. Elle est le véritable moteur de tout progrès humain, qu’il soit matériel ou spirituel. Nul n’y échappe… ». Un regard tourné vers l’Espérance.
Raymond WATRICE |
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Date de parution : 12/12/2009 |
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