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QU’EST-CE QUE BRUXELLES A FAIT AU BON DIEU POUR ETRE SI MALTRAITEE ET SI CONVOITEE ? |
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Raymond WATRICE |
Il est permis de s’interroger lorsque l’on entend les parlementaires flamands s’exprimer avec virulence sur Bruxelles.
La Flandre attaque sur tous les domaines, même en s’offusquant de la mollesse, selon elle, de la Wallonie à l’égard de Bruxelles. En piquant les Wallons, elle vise à amener ceux-ci à se détacher totalement de Bruxelles et à ouvrir la voie à la cogestion de Bruxelles.
Pour la Flandre, c’est clair : Bruxelles doit être restructurée et cogérée par les deux Régions, la Région flamande et la Région wallonne, pour incapacité de gestion. Les attaques sont directes : Bruxelles est mal organisée, onéreuse, inefficace. Conséquemment, Bruxelles est incapable d’assurer sa sécurité. Il faut lui donner une touche flamande car ce que « fait la Flandre, elle le fait bien ». Au pilori les « barons bruxellois » et leurs 19 communes, leurs 19 CPAS, leurs 6 zones de polices, leur Région, leurs 3 commissions communautaires, leurs multiples corps administratifs divisés entre francophones et néerlandophones… Et pourtant, l’insécurité à Bruxelles n’est pas moins, ni pas plus qu’à Anvers. Mais voilà, pour la Flandre, c’est l’ânesse Bruxelles… il faut la décrier.
Pascal Smet, SP.A, ex-ministre régional bruxellois de la Mobilité, actuellement ministre régional flamand de l’Enseignement, de la Jeunesse et… des Affaires bruxelloises, ne veut que du bien à sa chère Bruxelles. Monsieur « Plus de Flandre à Bruxelles » propose une seule zone de police, bien entendu, mieux organisée : « Moi, je vois, affirme-t-il, une zone de police unique sous la responsabilité, idéalement, du ministre-président. Qui serait le « Monsieur sécurité » à tous points de vue : police, pompiers, protection civile…Avoir une régie centrale, cela permettrait justement de mieux affecter les hommes et les moyens, de mieux répondre aux problèmes de terrain, de recréer des commissariats de quartier…C’est un problème d’organisation ; il y autant d’agents à Bruxelles qu’à New York ! ».
Le CD&Vlaams et l’Open VLD veulent réintroduire le « snelrecht », procédure de comparution immédiate devant le tribunal, initiée par Marc Verwilghen, Open VLD, ex-ministre de la Justice. Ils veulent aussi la fusion des zones de police. Toutefois, Stefaan De Clerck, CD&Vlaams, ministre de la Justice, n’est pas chaud pour une réintroduction de la procédure "« snelrecht » : « A Bruxelles, on utilise la citation directe, cela existe depuis novembre. Cela fonctionne bien, il faut continuer ». Stefaan De Clerck est plutôt favorable « à une réorganisation du Tribunal de Première Instance afin de suivre au plus vite le parquet ».
Il n’en reste pas moins que la Flandre martèle le thème de l’insécurité à Bruxelles en affirmant l’existence de « zones de non-droit ». Elle n’a que fiche de la réfutation de Freddy Thielemans, PS, bourgmestre de la Ville de Bruxelles : « Il n’y en a pas, soutient-il. Ce n’est ni notre volonté, ni celle des policiers. C’est insultant pour eux… Je pense qu’il est temps de faire un assessment pour savoir ce qu’est la police locale. La fusion des zones de police suppose que l’on s’éloigne du terrain, alors que l’objet de la réforme était l’inverse ». Elle reste obstinément, dans sa grande majorité, sur la même ligne : le dénigrement de Bruxelles jusqu’à la caricature : Bruxelles sale, bruyante, criminelle, Bronx d’Europe.
Les bourgmestres bruxellois en ont enfin marre de l’acharnement flamand contre leurs communes. Ils le disent fermement. Leur coup de gueule est significatif de leur ras-le-bol. Didier Gosuin, FDF, député-bourgmestre d’Auderghem, actuel président de la Conférence des Bourgmestres de Bruxelles, déclare dignement au nom de la Conférence : « La sécurité est un sujet grave, trop grave pour plonger dans le superficiel, le slogan et l’émotionnel ». Et de pointer un doigt accusateur vers le Fédéral dominé par la Flandre, détentrice de tous les postes régaliens.
Ce ne sont pas les bourgmestres bruxellois « qui ont bâti une usine à gaz à la fois régionale et bi-communautaire, comme l’ont voulue les Flamands ».
Ce ne sont pas les bourgmestres bruxellois qui ont créé des zones de police, c’est « le fait d’une loi fédérale ».
Ce ne sont pas les bourgmestres bruxellois qui freinent l’engagement d’agents de police, c’est le Fédéral « qui réduit la dotation en matière de sécurité » de 0,4 % en 2010.
Ce n’est pas la faute aux bourgmestres bruxellois si « des jeunes gens arrêtés pour des vols et violences sont remis en liberté aussitôt », c’est le Fédéral qui n’aménage pas des structures d’accueil, des structures de suivi, qui n’engage pas de psychologues, d’assistants sociaux, qui n’achète pas des bracelets électroniques…
Ce n’est pas la faute aux bourgmestres bruxellois « s‘il faut 48 heures au Parquet fédéral pour autoriser les polices communales à visionner le film d’une caméra dans le métro ».
Philippe Moureaux, PS, bourgmestre de Molenbeek, président de la Fédération bruxelloise du PS, cadre le problème de la sécurité et stigmatise l’impérialisme flamand : « La complexité des institutions bruxelloises, dit-il, est avant tout liée à la demande flamande d’être associée structurellement au pouvoir bruxellois… ». Et d’évoquer des réformes à mettre en œuvre : « Le chantier est vaste. Il pourrait être exaltant de se mettre au travail si on n’était pas en permanence empêtré par des visées communautaires ».
Charles Picqué, PS, ministre-président de la Région bruxelloise, a transmis au Fédéral, début février, un inventaire des besoins pour lutter efficacement contre l’insécurité.
Des voix francophones angéliques, telles celles de Claude Demelenne, rédacteur en chef du « Journal du Mardi » et de Alain Destexhe, sénateur MR, appellent pathétiquement les Flamands au secours de Bruxelles : « Amis flamands, nous avons besoin de vous. Pour que Bruxelles ne devienne pas le far-west ».
Un coup dans l’eau. Le Fédéral, reste impassible. Stefaan De Clerck, CD&Vlaams, ministre fédéral de la Justice, déclare le 4 février à la RTBF que le « cadre des juges à Bruxelles est quasi complet et ne sera pas étendu »…
La Flandre attend le moment idéal pour dévorer Bruxelles. Elle change de tactique ; elle se fait doucereuse, charmeuse dans le chef de son chef de file Yves Leterme, CD&Vlaams, Premier ministre ; il se présente comme un « partenaire » des Bruxellois ; ensorceleur, il déclare : « Bruxelles est une ville où il fait bon vivre ». C’est dans cet état d’esprit qu’il a reçu, en présence des Vice-Premiers ministres, du ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, et de la Ministre de l’Intérieur, Annemie Turtelboom, les représentants bruxellois venus lui remettre les huit priorités pour la sécurité à Bruxelles. Les aurait-il accueillit à la manière du Général de Gaulle ? « Je vous ai compris… » !
Dans cette atmosphère ouatée, de « qui dupe qui », s’est élevée une voix claire, digne, fière, celle de Benoît Cerexhe. « Cela suffit, tempête-t-il, de dire tout et n’importe quoi sur Bruxelles ! Tout est bon pour noircir l’image de la ville, de la Région. C’est tout spécialement vrai pour une certaine classe politique flamande, relayée par certains médias néerlandophones… Je n’ai pas de problème avec le fait que certains s’intéressent à Bruxelles. Au contraire, c’est positif. Mon souci, c’est que certains, généralement flamands, s’y intéressent en ayant des visées communautaires ». Ainsi s’exprime Benoît Cerexhe, ministre régional bruxellois. Et de proposer cinq mesures de relissage de la Région de Bruxelles : 1. Réduire le nombre de parlementaires à 50 dont 40 francophones et 10 néerlandophones ; 2. Revoir les lois linguistiques ; 3. Recomposer les cadres linguistiques et la clé de répartition entre fonctionnaires francophones et néerlandophones ; 4. Supprimer la Cocom, Commission communautaire commune ; 5. Accorder l’autonomie constitutive à la Région bruxelloise.
Un ensemble accueillit favorablement par le panel politique francophone. Le monde politique flamand louche vers la cogestion de Bruxelles.
L’Open VLD se positionne et fait savoir qu’ « une proposition qui se limite à la réduction du nombre de députés sans réflexion parallèle et approfondie sur la répartition et l’harmonisation des compétences communes/Région constitue un simple gadget médiatique ».
Le SP.A marque un intérêt aux propositions Cerexhe de révision des lois linguistiques et d’obtention d’une autonomie constitutive « pourvu que l’objectif soit de faire en sorte que chaque Bruxellois puisse partout être servi dans sa langue et en sachant qu’il faut rationaliser la Région, s’interroger sur l’existence de dix-neuf communes en son sein ». Il lorgne lui aussi vers un système de cogestion de Bruxelles.
Dans le concert de ce remue-méninges, Mark Eyskens, CD&Vlaams, ministre d’Etat, se dit partisan d’un fédéralisme de coopération à la mode Yves Leterme, aux couleurs flamandes. Pour ce qui est de Bruxelles, il avance une piste de réflexions portant sur la constitution d’une zone métropolitaine entre Bruxelles, le Brabant wallon et le Brabant flamand. Idée chatoyante à première lecture, c’est la constitution d’un noyau économique puissant au centre de la Belgique. Mais en lecture approfondie, c’est l’écartement de l’autonomie constitutive à Bruxelles, c’est la noyade de Bruxelles dans un ensemble majoritairement flamand, c’est la bilinguisation obligatoire du Brabant wallon, c’est l’imposition de la langue du plus fort. Une extension territoriale de la Flandre par colonisation. Une extinction progressive de la langue française au cœur de la moribonde francophonie belge. Il n’y aura plus que les perruches qui péroreront en français dans le ciel bruxellois.
Raymond WATRICE |
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Date de parution : 24/03/2010 |
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