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L’ALLEMAGNE CHEF DE FILE DE L’UNION EUROPEENNE |
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Raymond WATRICE |
Le renouveau du partenariat qui se tisse entre l’Union européenne et les Etats-Unis est une bonne chose dans un monde en pleine révolution, agité par l’induction de la mondialisation. Les pays émergents, tels que le Brésil, la Chine, l’Inde, assument une présence de plus en plus marquée dans le jeu complexe des relations internationales. Un nouveau concert de puissances se met en place. Les Etats-Unis d’Amérique et les Etats-Unis d’Europe se doivent d’élaborer un partenariat commun, fondé sur une nouvelle doctrine commune pour la maîtrise de la mondialisation.
Pour les Etats-Unis d’Europe, l’Union européenne, cela devient urgent au regard de la détérioration des finances de plusieurs pays qui les composent : Grèce, Portugal, Espagne, Irlande, Italie et d’autres pays dont les économies marquent un dangereux essoufflement. La marginalité guette. Non seulement l’unité politique s’impose, mais également l’unité monétaire : une zone euro réunissant tous les pays européens.
La crise monétaire grecque a brutalement démontré la nécessité de réaliser l’unité politique et l’unité monétaire ; elle est la sonnette d’alarme dont il convient d’entendre les lugubres tintements. L’Allemagne a réagi fermement ; sa voix a résonné dans les chancelleries européennes : respect du Pacte de solidarité. Moment d’étonnement. Quoi, l’Allemagne la soumise se rebiffe ? Qu’est-ce à dire ? Tout simplement et fermement, l’Allemagne montre qu’elle est là, qu’elle est majeure et libre. Et elle veut que chaque pays respecte scrupuleusement ses engagements. C’est-à-dire se plier aux exigences du Pacte de stabilité qui impose un déficit budgétaire inférieur à 3 % du Produit intérieur brut (PIB) et un taux de la dette publique à 60 % du P.I.B., sauf circonstances exceptionnelles.
Avec la crise grecque, c’est l’appel aux circonstances exceptionnelles. La chancelière allemande, Angela Merkel, CDU/CSU, fidèle à l’orthodoxie, se positionne d’emblée dans l’intransigeance ; elle plaide fermement « pour l’exclusion de la zone euro les pays qui enfreignent de manière répétée les critères budgétaires ». Son dogme : « Ce que l’Allemagne a fait pour rétablir sa compétitivité en adoptant une stricte modération salariale, les autres pays doivent pouvoir le faire ». Elle ne peut admettre le laxisme et elle marque une ferme volonté pour le respect de l’orthodoxie. Cette fermeté allemande fait des vagues dans les chancelleries européennes. Christine Lagarde, ministre française de l’Economie, est critique à l’égard de la position allemande ; elle lance des fléchettes vers les nantis : « Les pays qui enregistrent des surplus (extérieurs) pourraient en faire un peu plus. Il faut être deux pour danser le tango. Il ne peut pas seulement s’agir de faire respecter les critères budgétaires ». Elle reproche , en quelque sorte, l’égoïsme allemand. Ce que paraît partager l’économiste français Jacques Sapir : « L’Allemagne est occupée, dit-il, à tuer la zone euro et avec elle l’Union européenne ».
L’Allemagne ira-t-elle jusque là ? Douteux car elle tient les rênes du char du leadership des Etats-Unis d’Europe. Elle soutiendra à bout de bras l’économie européenne et ne rechignera pas, sous certaines conditions, à intervenir en faveur d’un pays indiscipliné sur le plan budgétaire. Elle sait jusqu’où elle peut aller. Sa chancelière, Angela Merkel, dira présente à toutes mesures de sauvetage de l’Union européenne dans le cadre d’une politique saine et volontaire de relance de la compétitivité des partenaires européens.
C’est ce qui se passe. Les pressions exercées de toutes parts par les chefs d’Etats européens, par les autorités monétaires, par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, portugais – le Portugal est aussi en position délicate – amènent Angela Merkel, la pragmatique, à s’aligner sur la déclaration de son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, à l’hebdomadaire Bild : « à l’extrême rigueur, on pourrait avoir des aides bilatérales coordonnées et sur une base volontaire ». Elle parle de faire « tout ce qui est nécessaire » pour préserver la stabilité de la zone euro ; elle assure qu’en cas de difficultés extrêmes, la Grèce sera aidée « de manière bilatérale par les Etats ou également par un recours au FMI ». Un « oui » quelque peu contraint certes, mais un « oui » pragmatique compte tenu du contexte. Un vent de crise existentielle soufflant sur la zone euro.
Aussi l’idée d’un sommet des pays de la zone européenne s’accélère dans les esprits de leurs dirigeants. « C’est une solution envisageable » déclare Dirk De Baker, le porte-parole du président du Conseil de l’Union européenne, Herman Van Rompuy qui opte en coulisse pour faire rapprocher les points de vue allemand et français. Une union franco-allemande plus que nécessaire à l’écoute des difficultés budgétaires du Portugal, et, en extension, de tous les pays européens confrontés à une hausse substantielle de leur endettement.
Au fond, l’attention portée à la Grèce n’aurait-elle pas été voulue par l’Allemagne pour asseoir son leadership européen ? Zsalt Darvas, chercheur au Centre de recherche sur les problèmes européens, Breugel, basé à Bruxelles, et professeur à l’université Corvinus de Budapest, estime que l’attention portée à la Grèce est exagérée : « C’est avant tout un problème grec, dit-il. Le pays a manqué pendant des années de discipline budgétaire… Quant à la crainte que cela fasse éclater la zone euro, c’est fantaisiste. Oui, la Grèce a un problème, mais le pays ne pèse que 2,5 % du PIB de la zone euro ».
Il s’agirait donc d’un problème de gouvernance économique de l’Europe. Dès le début, l’Allemagne s’est positionnée comme le leader de l’Europe. Lors du sommet des chefs d’Etat ou de gouvernement des Vingt-Sept qui s’est tenu le 25 mars 2010 à Bruxelles, elle a marqué des points. L’accord sur le mécanisme à mettre en place une aide à la Grèce est le résultat du compromis sorti de l’entretien préalable, en tête-à-tête, entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ! Cet accord prévoit « non seulement que le mécanisme d’aide à la Grèce associera le Fonds monétaire international pour un tiers, mais également qu’une réforme des traités européens sera mise à l’étude pour sanctionner les gros dérapages budgétaires ». Un carton plein pour Angela Merkel !
L’Allemagne voulait, depuis longtemps, une nouvelle réforme des traités européens. Elle l’a obtenue ! Elle mènera les discussions. Un groupe de travail, sous la présidence de Herman Van Rompuy, président du Conseil de l’Europe, sera mis en place pour étudier les moyens de renforcer la discipline budgétaire au sein de la zone euro. Ce groupe devra « remettre un rapport avant la fin de l’année, présentant toutes les options possibles pour permettre le renforcement des instruments de prévention et aussi de sanction », annonce la présidence française.
Quoi qu’il en soit, est-il permis d’espérer que le compromis de Bruxelles en faveur de la Grèce ouvre la voie vers une coordination des économies des divers pays européens ? Vraisemblablement, il était beaucoup question, dans les apartés d’après réunion, de l’engagement des Vingt-Sept « à promouvoir une forte coordination de leurs politiques économiques ». Il serait même question que le Conseil européen devienne le « gouvernement économique de l’Union européenne ». Euphorie !
Une « Nouvelle Europe » serait-elle née ? Une nouvelle ère pour l’Europe serait-elle ouverte ? Une certitude : l’Allemagne a conquis le droit d’être traitée sur un pied d’égalité au même titre que les autres grandes nations.
Que sera cette « Nouvelle Europe » conçue par le couple franco-allemand ? Une espérance hybride ? Une espérance génitrice ? La France penche pour une croissance fondée sur la consommation et l’investissement public ; l’Allemagne penche pour l’orthodoxie fondée sur l’épargne et l’exportation.
Nous pressentons que cette « Nouvelle Europe » devra se préparer à une nouvelle diète budgétaire sur le modèle allemand : « travailler plus pour un salaire moindre », « apprendre à gérer parcimonieusement ». Une certitude à la table des négociations, l’Allemagne ne paiera plus. Elle a grandi, elle a mûri, elle s’est affranchie. Elle a patiemment attendue l’heure de s’exprimer. Angela Merkel a marqué l’heure !
Depuis 1945, l’Allemagne fédérale a tout accepté pour retrouver une place dans le concert international. Les Etats-Unis lui ont imposé leur projet européen d’union économique, CECA …, avec la France et les pays du Benelux contre l’obtention du Plan Marshall et la protection militaire. L’Europe lui a imposé l’euro, une monnaie unique, en échange de la réunification des deux Allemagnes. Angela Merkel n’a jamais « digéré » l’abandon obligé du mark ; dans une conférence de presse, elle a décrit « le passage du Deutsche Mark à l’euro comme l’un des exemples les plus caractéristiques d’une position imposée à l’opinion allemande dans les décennies précédentes ».
Maintenant, l’Allemagne s’est débarrassée de ses complexes. Rien ne pourra plus se faire sans elle. Elle crée sa propre voie ; elle fréquente la Russie ; elle défend ses propres intérêts avec ténacité … Elle tient en mains ses propres cartes et mène le jeu.
Le rêve de Bismarck se matérialise : donner à l’Allemagne un accès direct aux océans, devenir une puissance maritime. La Belgique, la dorsale du rêve de l’empire allemand. Trois acteurs : la Flandre, l’Allemagne, la Wallonie.
La Flandre, choyée par l’Allemagne aux cours des deux guerres mondiales, accélère son emprise sur Bruxelles pour sauver son port d’Anvers et donner corps à l’axe Anvers, Bruxelles, Liège, Aix-la-Chapelle (Aachen).
L’Allemagne, dans son soutien discret aux dirigeants du bassin de la Ruhr, le puissant land industriel allemand de Rhénanie-du-Nord-Wesphalie, vise de s’accrocher au Benelux dont les traités arrivent à échéance en 2011.
La Wallonie, timorée, devrait se montrer plus agressive et s’investir dans la réalisation d’un axe Ruhr, sillon Sambre et Meuse, Lille, Dunkerke-Calais, ports à grands fonds marins, capables d’accueillir les navires de haut tonnage. A la Wallonie de faire le grand pas. Une possibilité réelle de retrouver sa grandeur d’antan. Sa fierté.
Raymond WATRICE |
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Date de parution : 30/03/2010 |
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