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LA BELGIQUE : CE PAYS QUI EST LE NOTRE |
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Raymond WATRICE |
La Nation
Selon Denis Diderot et Jean Le Rond d'Alembert, la nation est un ensemble de citoyens vivant sur un territoire commun et soumis à un même pouvoir.
Avec Johann Gottfried Herber, la nation est vue en termes d'histoire, de culture : l'esprit d'une nation, le caractère d'une nation.
Notre pays - Sa configuration
Quatre Régions dont deux à part entière : la Région flamande et la Région wallonne; deux Régions " tuteurées " : la Région de Bruxelles-Capitale et la Région-Communauté germanophone.
Deux grandes communautés : la communauté flamande de quelque six millions d'habitants, et la communauté française de quelque quatre millions quatre cent mille habitants.
Ces deux communautés se caractérisent par un repli sur elles-mêmes. La Flandre se cabre en Etat-nation dominant : préserver l'Etat-nation dans sa pureté ethnique, historique et religieuse. La Wallonie se positionne en Région défensive : préserver sa langue et sa culture françaises.
Chacune de ces deux communautés revendiquent la possession de la Région bruxelloise : la Flandre pour des raisons historiques - douteuses cependant - et économiques ; la Wallonie pour des raisons ethniques et économiques. A ces deux grandes communautés, se greffe la communauté germanophone de quelque septante mille habitants, qui revendique une reconnaissance pleine et entière.
Les langues
Trois langues nationales sont reconnues dans la Constitution : la langue néerlandaise en Région flamande ; la langue française en Région Wallonne ; la langue allemande en Région germanophone. La règle est l'unilinguisme des Régions. Toutefois, la Région bruxelloise est dotée d'un régime linguistique bilingue français/néerlandais fondé sur le principe "unilinguisme des agents, bilinguisme des services" ; un cadre de fonction bilingue coiffe les services. Pour veiller à ce que les agents unilingues ne soient pas discriminés, une Commission permanente de Contrôle linguistique, CPCL, a été mise en place ; elle est garante du respect des lois sur l'emploi des langues en matière administrative.
L'association des cultures est-elle valable ?
A la sortie de la Grande Guerre 1914-1918, il apparait aux yeux des observateurs que la viabilité éternelle de la Belgique soit douteuse. C'est pendant les années 1914-1918 que le Mouvement flamand, en collaboration avec l'occupant allemand, traça dans un cercle gantois "Flämen Politik" le visage fédéral de la Belgique de l'après-guerre ; deux Régions : la Flandre avec capitale Bruxelles et la Wallonie centrée sur Namur. La grande coupure. Dans les années 30, le carpocapse vermoule la pomme Belgique.
A la sortie de la guerre 1939-1945, la viabilité d'une Belgique unitaire, la Belgique de papa, est mise en cause au profit du fédéralisme. La Flandre poursuit son objectif fédéraliste. La Wallonie rechigne. En octobre 1945, le Congrès wallon de Liège se prononce à l'unanimité pour l'autonomie de la Wallonie… dans le cadre de l'Etat belge unitaire. Hors de ce cadre, 32,5 % des votants choisissent cependant une réunion avec la France, 26,07 % optent pour le fédéralisme et 10,27 % pour l'indépendance.
Les secousses ethniques ébranlent les fondements de la société Belgique. Des voix de plus en plus fortes, particulièrement au Nord, s'élèvent pour un éclatement de la Belgique. Des mots durs le plus souvent : België barst ! (Que la Belgique crève !), Meer Vlaanderen ! (Plus de Flandre)… émanant du Mouvement séparatiste flamand.
Novembre 2004. Guy Verhofstadt, Open VLD, Premier ministre, considéré comme un modéré, déclare dans un forum institutionnel ouvert au Sénat : "Nos cultures ne pourront survivre que si nous nous ouvrons à ce que pensent les autres, à leurs aspirations propres, à leurs convictions ou à leur religion… Certains politiciens menacent de ne plus se focaliser que sur nos différences culturelles…"
Janvier 2005. Luc Vanderkelen, dans Het Laatste Nieuws, s'exprime clairement sur le devenir de la Belgique : "En réalité, les cultures vivent les unes à côté des autres… Les partis créent une image si négative que dans l'esprit des gens, la séparation finale devient la seule alternative possible".
Dans le même temps, Charles Ferdinand Nothomb, CDH, dans l'interview au Het Laatste Nieuws, trouverait naturel un éclatement du pays : "Dans les années septante, je me disais "Oh là là, la Belgique menace de s'effondrer ! Mais maintenant, cela ne me fait plus peur…"
Ces paroles consacrent le distanciement des Francophones et des Flamands. La Belgique fédérale, tricommunautaire et multiculturelle de 2005 vacille. La Flandre veut plus. Elle ne pense plus que confédéralisme ; elle roule pour le confédéralisme. Or, le confédéralisme est synonyme de scission, de séparation. Une étape transitoire vers la dissolution de l'Etat.
Le coup de force des Flamands en novembre 2007 en commission de l'Intérieur de la Chambre des Représentants, est sans équivoque, en votant majorité flamande contre minorité francophone la scission de l'arrondissement BHV. Une rupture nette de la solidarité nationale, ciment de l'unité d'un pays. La Flandre marque sa volonté confédéraliste !
La déclaration de Yves Leterme, CD&Vlaams, ministre-président du gouvernement flamand, faite en novembre 2005 en réaction aux propos indépendantistes du groupe "In de Warande", est claire : "Notre solidarité avec les Francophones ressemble de plus en plus à un sac à dos remplis de pavés qu'il faut porter avec peine pendant une étape cycliste infernale, alors qu'on doit, forcer une échappée au niveau mondial. Notre solidarité ne peut plus freiner cette ambition". Autrement dit : L'ambition de la Flandre est le confédéralisme. Une ambition qui a commencé en 1917 et qui se poursuit. Aucune illusion n'est permise. Le Mouvement nationaliste flamand ne s'arrêtera pas, sauf… à la frontière belgo-allemande.
Que faire en cas d'un nouveau coup de force flamand ?
Oui, que resterait-il aux Francophones si un nouveau coup de force des Flamands leur imposait le confédéralisme accompagné, au mieux, d'une cogestion de Bruxelles limitée définitivement à 19 communes, par la Flandre et la Wallonie ?
Il resterait aux Francophones à suivre la pensée de Francis Delperée, CDH, sénateur, d'une Belgique résiduelle : " Dans cette Belgique résiduelle comme je l'appelle, j'estime que les Wallons et les Bruxellois devraient rester unis. Ensemble, ils représentent aujourd'hui environ 4,2 millions d'âmes. Le pays qu'ils constitueraient aurait un avenir".
Il resterait aux Francophones à méditer les paroles du général de Gaulle au professeur Robert Liénard fin des années 1960 (Propos de Claude de Groulart dans son livre de Gaulle "Vous avez dit Belgique ?" Editions Pierre Marcel Favre, 1984) : "Je connais la Wallonie aussi bien et peut-être mieux que le Québec. Comment pourrais-je y être indifférent ? Je suis né sur ses bords. J'y ai fait des séjours qui m'ont laissé des souvenirs durables […] Dans les vingt ans qui viennent, le déséquilibre entre les représentants flamands et wallons sera bien plus grave encore qu'aujourd'hui. La situation économique va décliner rapidement à la première secousse de la sidérurgie. Les charbonnages : c'est déjà fini. Seule une intervention énergique de l'Etat peut encore redresser la situation. Mais l'Etat belge n'en aura ni l'intention ni la volonté. C'est votre drame d'appartenir à un Etat qui assistera impassible à votre déclin […] Je regrette de devoir vous le dire : chaque peuple ne peut se redresser que par lui-même. Tâchez de vous trouver des chefs jeunes qui diront la vérité au peuple et qui mobiliseront ce qui en reste. Bien entendu si, un jour, une autorité représentative de la Wallonie s'adressait officiellement à la France, ce jour-là, de grand cœur, nous répondrions favorablement à une demande qui aurait toutes les apparences de la légitimité. Avant, c'est impossible. J'ai pourtant la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l'avenir à vos trois à quatre millions de Wallons".
L'antagonisme de l'identité flamande
L'identité nationale flamande est antagonique à celle des Francophones qu'ils soient Wallons ou Bruxellois. Le Flamand ne changera pas. Avec obstination et opiniâtreté, il ira jusqu'au bout de son objectif : la flamandisation généralisée de la Belgique pour asseoir sa prospérité !
Le retour, en 2009, de Yves Leterme, CD&Vlaams, Premier ministre, au fédéralisme de coopération, après l'avoir renié en 2004 pour un "fédéralisme de responsabilité" lorsqu'il était ministre-président du Gouvernement flamand est circonstanciel… Le fédéralisme de coopération vivra jusqu'au 13 juin 2010 à 20 h… Ce jour-là et à cette heure-là, la Résolution du Parlement flamand de 1999, renforcée en 2003 par Patrick Dewael, Open VLD, président du Parlement flamand à l'époque, renaitra ! Et la Flandre (re)ignorera le traité signé en 2000 avec la France par lequel elle s'engage à développer la langue et la culture françaises sur son territoire !
Conclusion
Méditons les paroles du général de Gaulle et entendons le message de Francis Delperée ! Méditons la déclaration en 2003 de Daniel Ducarme, président du MR, s'opposant catégoriquement - ainsi que Elio Di Rupo, président du PS - aux nouvelles exigences de régionalisation posées par Patrick Dewael, président de l'Open VLD : "Les hommes politiques flamands doivent savoir qu'à force de pousser le bouchon trop loin, ils s'engagent dans la rupture de la ligne et cette ligne, c'est l'existence même de la Belgique".
Raymond WATRICE |
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Date de parution : 18/05/2010 |
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