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LA FRANCITE : UNE MAISON, UN COMBAT |
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Daniel LAROCHE |
i>Compte-rendu de la conférence de Daniel Laroche publié dans le mensuel de mai 2010 du Club Richelieu de Bruxelles.
Pour bien comprendre le rôle de la Maison de la Francité et ses objectifs, il faut se rappeler les circonstances de sa création en 1976. Les Francophones sont alors préoccupés par les tensions croissantes avec la communauté flamande. Vu la fragmentation de l'unité belge, le sentiment national s'effrite rapidement. La communauté francophone éprouve le besoin d'une affirmation identitaire propre, prenant pour socle sa langue et sa culture. C'est dans cet état d'esprit que la Commission française de la Culture (Bruxelles) décide de créer une "Maison de la Francité". Elle veut que les Francophones aient un lieu bien visible, à la fois centre d'information et de documentation, foyer d'activités, espace de rencontre et de retrouvailles. La Maison est inaugurée le 5 mars 1976 au n° 18 de la rue Joseph II. Ses missions : veiller à la qualité de la langue dans l'espace public, revendiquer la présence du français là où elle est légitime, lutter contre l'anglomanie, nouer des relations avec d'autres communautés francophones, accueillir dans ses murs des associations culturelles.
Sont bientôt organisés des colloques, des expositions, un court-métrage sur les anglicismes, une enquête sur la publicité à Bruxelles, mais aussi un centre de documentation et la permanence téléphonique "SVP langage", qui donneront à l'action de la Maison une plus grande continuité. En 1982, création de l'Atelier de vocabulaire. En 1984, lancement de Questions de français vivant. Années 90 : création de la collection "jeux de langage", lancement de Francité, concours annuel de textes, etc. Derrière ces innovations, une évolution plus profonde se dessine. Longtemps, la Maison de la Francité fut considérée comme un "gendarme du bon français, auquel on dresse des plaintes à propos de fautes dans l'espace public. Or, ce qui fonde la vitalité d'une langue, ce n'est pas sa beauté ou sa pureté, c'est sa puissance communicative et créative, à savoir la quantité de messages échangés chaque jour, le nombre croissant des usagers, sa capacité à dire la modernité technique et scientifique, la production d'œuvres originales, dans tous les domaines.
Les objectifs généraux sont mis à jour en 2001 et se concrétisent aussitôt. Citons la promotion du multilinguisme et de la diversité culturelle : l'adoption du français aux réalités contemporaines (simplification de l'orthographe, mots techniques et scientifiques nouveaux, etc.) ; l'insistance sur les dimensions ludique et créative de la langue ; l'accueil convivial des personnes d'origine étrangère ; une concertation accrue avec les autres organisations. En 2010, si le combat de la Maison de la Francité n'a pas changé de sens, il a du moins changé de méthode. Bruxelles est devenue une région à part entière où l'usage des langues a trouvé une sorte d'équilibre pragmatique. Certes, tout n'est pas rose, si l'on en juge notamment par la proportion excessive d'emplois publics occupés par des Flamands. Mais aujourd'hui le concurrent du français est l'anglais autant que le néerlandais. Quant à l'identité culturelle francophone, les nouvelles institutions, jointes au travail de nombreux intellectuels et acteurs culturels, lui donnent chaque année un peu plus d'étoffe.
Bref, la Maison de la Francité veut user de pédagogie plus que d'imprécation. Elle lutte encore et toujours pour garantir la présence du français dans l'espace et les messages publics ; pour faire valoir les droits des administrés et des consommateurs francophones ; pour soutenir l'appartenance de Bruxelles à la communauté francophone internationale ; pour accueillir et aider tous ceux qui, venus d'ailleurs, se tournent vers la langue et la culture françaises. Car c'est ainsi que, entre combativité et convivialité, la "francité" doit se définir et se vivre aujourd'hui.
Daniel LAROCHE |
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Date de parution : 02/06/2010 |
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