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DE GAULLE ET L'EUROPE, UN REGARD TOUJOURS ACTUEL |
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Texte présenté par Raymond WATRICE |
Source : Le blogue-notes de Claude Thayse
Texte présenté par Raymond WATRICE
Une conscience de la solidarité qui unissait la France aux autres pays de l'Europe occidentale.
Une solidarité qui apparaît notamment dans un discours tenu à l'Albert Hall le 11 novembre 1942 où il dit : " la France souhaite tout faire pour qu'en Europe, tous ceux dont les intérêts, le souci de leur défense et les besoins de leur développement sont conjugués avec les siens, se lient à elle comme elle se lie à eux, d'une manière pratique et durable ". Et cette anticipation avait été confirmée le 18 mars 1943 dans un discours devant l'assemblée consultative d'Alger : " Pour que le vieux continent renouvelé puisse trouver un équilibre correspondant aux ambitions de notre époque, il nous semble que certains groupements devront s'y réaliser, sans que doive bien entendu être entamée la souveraineté de chacun. Ainsi pour ce qui concerne la France nous pensons qu'une sorte de groupement occidental réalisé avec nous, principalement sur une base économique et dont la Manche, le Rhin, la Méditerranée seraient comme les artères, en relation étroite avec l'Orient et les Etats arabes qui cherchent légitimement à unir leurs intérêts pourrait offrir de grands avantages ". Il y a une sorte d'anticipation prophétique du traité de Rome voire de la politique méditerranéenne à la fois de la France et de l'Europe telle qu'elle sera préconisée par le Général pour l'avenir à la fin de la guerre d'Algérie […]
Pour le général de Gaulle, l'Europe n'était pas une idéologie. Il récusait dans les domaines ce concept, d'une part parce qu'il considérait toutes les idéologies comme passagères et donc relatives, et d'autre part parce qu'il y voyait toujours la couverture d'intérêts précis et souvent suspects. L'Europe n'était donc pour lui rien de plus mais aussi rien de moins qu'une construction politique hautement souhaitable dans une conjoncture historique donnée et donc comme un projet relevant de la géopolitique. D'autre part, il rejetait tout à fait la vision fédéraliste préconisée par les adeptes de Jean Monnet. Pourquoi ? Parce que le concept de Nation demeurait pour lui une donnée fondamentale de la vie des peuples, selon lui, attestée par l'Histoire, un concept qu'il opposa en outre toujours à celui d'Empire. Or toute nation supposait elle-même l'introduction de la notion de souveraineté, essentielle pour le Général. Il n'y avait pas pour lui de nation, à supposer naturellement qu'elle soit accompagné d'un Etat, sans souveraineté […]
Ce souci de la souveraineté nationale était complété par un autre principe, celui du respect de la diversité qui condamnait à son tour le concept d'intégration… On connait sa formule : " On n'intègre pas les peuples comme on fait de la purée de marrons ". De tout cela résultait une conception de l'Europe basée sur la Coopération […]
Elle ne devait pas, selon lui, être seulement un grand marché, bien qu'il n'ait nullement considéré cet objectif comme secondaire. Elle devait d'abord être une aire de civilisation, incarnant certaines valeurs essentielles héritées de la langue histoire de ses peuples et de leur apport respectif à la culture, à la science, aux droits des individus, à la vie en société. La démocratie, c'était aussi une de ces valeurs essentielles dont l'Europe devait s'inspirer et qu'il opposait d'ailleurs fréquemment aux préoccupations qui tendaient à s'attribuer les oligarchies économiques ou technocratiques […]
Mais l'Europe devait aussi ambitionner une authentique puissance lui permettant de jouer son rôle, et un rôle important dans le monde, à l'époque entre les deux blocs qui tentaient à se le partager mais aussi par rapport à l'univers des pays sous-développés ou en développement, bref dans le cadre d'un monde multipolaire que le Général voyait poindre à l'horizon et qu'il souhaitait […]
La puissance c'était aussi la sauvegarde voire l'accroissement du potentiel économique de l'Europe. L'Europe devait à cet égard, pour les pays la composant, ne pas être "un moins" mais "un plus", d'autant que les destructions de la guerre en avaient gravement affecté le potentiel et que, dans le sillage du Plan Marshall, elle avait subi une croissante subordination aux moyens financiers et à l'appareil économique des Etats-Unis. Le général de Gaulle n'avait nullement pour doctrine un nationalisme économique étroit. L'ouverture des frontières avec les pays voisins de la France, fondement du Marché commun et le traité de Rome l'avait amplement fait apparaître. Encore tenait-il à ce que l'Europe cultive un développement économique à la fois spécifique et autonome, et en même temps dans une posture d'égalité et d'équilibre avec le monde extérieur. On doit y rapporter son souci du maintien d'une capacité agricole puissante. On doit aussi y rapporter la création en France et si possible en Europe des pôles de puissance, appuyés sur l'Etat et intégrés dans le cadre d'une planification souple et efficace. Enfin, il entendait positionner l'Europe, dans ses rapports avec le monde extérieur, dans le cadre d'un tarif extérieur commun […]
Quelles étaient enfin ses vues sur la composition de l'Europe et ses frontières ? D'abord une place particulière revenait, selon lui, à l'Allemagne fédérale… L'association franco-allemande était, selon ses propres termes, le socle de l'Europe… Une de ses dernières déclarations au chancelier Adenauer à Rambouillet en mars 1966 et alors que celui-ci n'était plus depuis trois ans au pouvoir : " La France existe, elle grandit. Mais la France n'a pas les moyens d'exercer la conduite de l'Europe. L'Europe, c'est l'affaire combinée des Français et des Allemands ensemble, c'est le bon sens. Seuls nous n'avons pas les moyens de la conduire, vous non plus. Nous devons marcher la main dans la main ". Et il ajoutait : " L'Europe libre ne pourra s'organiser qu'après un accord profond de nos deux pays. Il faut toujours revenir à ce point de départ ou alors se résigner à ce que l'Europe ne se fasse pas ". […]
Le Général allait plus loin dans sa vision. Il jugeait nécessaire, un jour ou l'autre, une étroite association de la Russie à l'Europe. C'était le sens de sa formule , cultivée dès avant 1958, de l'Europe étendue " de l'Atlantique à l'Oural "… La Russie, disait-il, " boira le communisme comme le buvard boit l'encre ". En tout cas pour des raisons tant historiques qu'économiques, l'Europe ne pouvait avoir, selon lui, un avenir et au surplus une autonomie sans l'apport de la Russie, qui d'ailleurs depuis Pierre-le-Grand, n'avait jamais cessé d'être authentiquement liée à l'Europe et à sa civilisation.
Il n'oubliait pas enfin, pour un avenir encore plus lointain, l'axe méditerranéen. La Méditerranée avait été le berceau de l'Europe. La pensée et la civilisation de celle-ci en étaient les héritières et cela qu'il s'agisse du Maghreb ou du Proche-Orient. Dans ce cas aussi aucune "intégration" proprement dite ne pouvait être naturellement envisagée. L'était par contre un partenariat spécifique, où la Turquie de même qu'Israël devaient trouver leur place. |
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Date de parution : 09/06/2010 |
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