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LA BELGIQUE DE DEMAIN : UN NOUVEAU LOOK ? |
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Raymond WATRICE |
Dans son numéro du vendredi 4 juin 2010, le quotidien Le Soir présente une photographie de la Belgique de demain en cinq clichés accompagnés de la position des partis démocratiques. Nous y joignons un sixième cliché. Reconnaitrons-nous la Belgique de notre enfance avec son nouveau look dans la "Belgique de demain" ?
1. L'Etat unitaire. Aucun parti n'est favorable à un retour à l'Etat unitaire. Les partis se reconnaissent dans leur région.
2. Statu quo. Depuis 2001, la Belgique n'a plus connu de réforme institutionnelle. La situation est figée à la suite de profondes divergences dans les objectifs entre le Nord et le Sud ; conséquemment : maintien de l'arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde dans son unité et arrêt des transferts de compétences du Fédéral vers les Régions. Cependant, les partis souhaitent des changements, seul le CDH est plutôt favorable au statu quo.
3. Le fédéralisme renforcé. Selon Vincent de Coorebyter, directeur général du Crisp, Centre de Recherche et d'information sociopolitiques, les Francophones fixeraient des limites au champ de négociation : un minimum et un maximum. " Au minimum, la réforme de l'Etat devra intégrer le premier paquet de réformes institutionnelles négocié en février 2008 ; c'est-à-dire un refinancement de Bruxelles ainsi qu'un transfert de compétences en matière de sécurité routière, de baux à loyer et de l'économie sociale. Pour le maximum, souligne Vincent de Coorebyter, les Francophones s'opposeront à ce que les Flamands obtiennent les avantages de l'indépendance tout en profitant des atouts d'une Belgique réduite au minimum. Les Francophones ne voudront pas d'un Etat fédéral réduit à rien, tout en tolérant que la Flandre bénéficie de la stabilité internationale offerte par le maintien de la Belgique, du poste de Premier ministre et du maintien de Bruxelles comme capitale de la Flandre ".
SP.A, Groen, PS, MR, CDH, Ecolo sont favorables à un fédéralisme renforcé. CD&V, Open VLD, N-VA, Lijst Dedecker, Spirit veulent plus d'autonomie ; ils veulent un transfert de compétences du Fédéral aux Régions flirtant avec le confédéralisme sans le séparatisme. Les points de friction entre le Nord et le Sud seraient la sécurité sociale et les fonctions régaliennes : Affaires étrangères, Défense, Finances, Intérieur, Justice ; or, les fonctions régaliennes, à l'exception des Finances, sont déjà entre les mains des Flamands. Leur objectif est donc un contrôle total de l'Etat belge.
4. Le confédéralisme. Il y a ambigüité sur le mot.
Pour les partis flamands et pour les partis francophones : confédéralisme = transfert très large de compétences. En quelque sorte vidé le Fédéral de sa substance. Pour les partis francophones, c'est camoufler une nouvelle capitulation devant les exigences flamandes pour sauvegarder leurs prérogatives au détriment des citoyens d'expression française. Pour les Flamands ce n'est pas le largage de la Belgique, c'est le beurre et l'argent du beurre et au surplus le sourire de la fermière : la Belgique de Nieuport à Arlon.
En droit, le confédéralisme suppose la division de la Belgique en deux, trois ou quatre Etats souverains : Flandre, Wallonie, Bruxelles, Pays de l'Est ; la fixation des frontières ; la mise en commun de compétences ; la reconnaissance internationale ; et une révision de l'article 1 de la Constitution qui stipule que la Belgique est un Etat fédéral. Pas mince ! D'autant que la complexité de la scission de la Sécurité sociale est un casse-tête : la sécurité sociale wallonne serait claudicante ; la sécurité sociale bruxelloise serait invivable ; la sécurité sociale flamande serait satisfaisante pendant une dizaine d'années et gravement menacée à partir de 2020 à la suite du vieillissement prononcé de la population flamande.
Pas étonnant qu'en ne tenant compte que de la notion juridique pure, seuls la Lijst Dedecker, le Vlaamse Belang et le Rassemblement Wallonie-France - qui veut le rattachement à la France - soient partisans du confédéralisme.
5. La scission. Théoriquement, la scission est plausible. Dans la réalité, pour des raisons diverses dans le chef des deux parties, flamande et francophone, elle est improbable.
La Flandre se briderait : aucune liaison directe avec l'Allemagne - l'objectif du Mouvement flamand - et son bassin industriel de la Ruhr, l'étroitesse de son territoire, le manque d'eau potable, la perte de la vitrine internationale de Bruxelles, le spectre de l'ensablement du port d'Anvers …
La Wallonie serait directement dépendante de ses voisins : l'Allemagne, le Grand-Duché de Luxembourg, la France, et … la Flandre ! Une perte notable de sa souveraineté ! La seule solution qui lui resterait est une alliance, sous une forme adéquate, avec la France.
Bruxelles s'en sortirait en se mutant en District européen. La délimitation de son territoire posera cependant des problèmes avec l'Union européenne qui ne voudra pas être enfermée dans un ghetto composé des 19 communes bruxelloises.
Les pays de l'Est retourneraient à l'Allemagne.
Du côté francophone, seul le R.W.F, Rassemblement Wallonie France, est favorable à la scission de par ses statuts. Du côté flamand, le Vlaams Belang et la N-VA avec quelques nuances, sont partisans de la scission pour des raisons culturelles de sauvegarde de la langue néerlandaise.
6. Condominium bruxellois. Bruxelles, cogérée par deux Etats souverains : la Flandre et la Wallonie, pourrait être étendue à son hinterland naturel sur la pression de l'Union européenne. Une solution qui pourrait satisfaire la Flandre car, actuellement, c'est pratiquement ce qui se passe à l'exception que Bruxelles est limitée à 19 communes.
Conclusion. Les Francophones ne doivent pas avoir peur de la musculation flamande. Ils doivent résister. Savoir dire non. Ils ont un atout impérial : la position centrale de la Wallonie. Au demeurant, les grandes entreprises américaines de technologie l'ont comprise ; elles s'installent en Wallonie. S'ils cèdent, ils seront les grands perdants. Ils seront cocufiés. La Flandre remettra en question, même avant que l'encre des accords soit séchée, ce qu'elle aura "consenti" ; elle revendiquera la partie qu'elle aura écornée de ses exigences et forcera un droit de regard sur les implantations en territoire wallon ! L'humiliation, c'est qu'ils le savent !
Raymond WATRICE
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Date de parution : 09/06/2010 |
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